Gong-Information · Mai-Juin 1966
Gong-Information n° 16
En Guadeloupe, les connaissances intellectuelles jouissent d'une grande faveur. Par extension les masses laborieuses attribuent un grand prestige aux intellectuels.
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Transcription
GONG Information
Journal du patriote guadeloupéen
Un peuple qui décide de se gouverner est un peuple qui entreprend de se critiquer et de s’organiser.
Groupe d’organisation Nationale de la Guadeloupe
ÉDITORIAL
149ème anniversaire de la naissance de Karl Marx, l’immortel
Au moment où les révisionnistes, trahissant l’œuvre de Marx, s’attaque désespérément à tous les révolutionnaires conséquents, le devoir de ceux-ci est d’étudier et d’approfondir d’avantage l’œuvre de notre grand guide Karl Marx.
Nous publions en guise d’éditorial quelques courts extraits de l’œuvre de Marx qui est et restera toujours juste et toujours universelle.
« À chaque étape de l’évolution, à chaque moment, la tactique du prolétariat doit tenir compte de cette dialectique objectivement inévitable de l’histoire de l’humanité : d’une part, en mettant à profit les époques de stagnation politique, c’est-à-dire de développement dit « paisible », avançant à pas de tortue, pour accroître la conscience, la force et la combativité de la classe d’avant-garde ; d’autre part, en orientant tout ce travail vers le « but final » de cette classe et en la rendant capable de remplir pratiquement de grande tâches dans les grandes journées « qui concentrent en elles vingt années ». Deux thèses de Marx sont particulièrement importantes à cet égard. L’une, dans la Misère de la philosophie, concerne la lutte économique et les organisations économiques du prolétariat ; l’autre, dans le Manifeste du Parti Communiste, est relative aux tâches politiques du prolétariat. La première est ainsi énoncée : « La grande industrie concentre dans un seul endroit une foule de gens inconnus les unes aux autres. La concurrence les divise d’intérêts commun qu’ils ont contre leur maître, cet intérêt commun qu’ils ont contre leur maître, les réunit dans une même pensée de résistance coalisation… Les coalitions, d’abord isolées, se forment en groupes, et, face au capital toujours réuni, le maintien de l’association devient plus important pour eux que celui du salaire… Dans cette lutte véritable guerre civile se réunissent et se développent tous les éléments nécessaires à une bataille à venir. Une fois arrivée à ce point là, l’association prend un caractère politique. » Nous avons ici le programme et la tactique de la lutte économique et du mouvement syndical pour des dizaines d’années, pour toute la longue période de préparation des forces du prolétariat « à une bataille à venir ». Il faut rapprocher de cela les nombreuses indications de Marx et Engels, fondées sur l’expérience du mouvement ouvrier anglais, qui montrent comment la « prospérité » industrielle suscite des tentatives d’« acheter le prolétariat » (Correspondance, t.I, p.136), de le détourner de la lutte ; comment cette prospérité en général « démoralise les ouvriers » (II, 218) ; comment le prolétariat anglais « s’embourgeoise » - « la nation la plus bourgeoise entre toutes » (la nation anglaise) « semble vouloir finalement posséder à côté de la bourgeoisie une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois » (II, 290) ; comment son « énergie révolutionnaire » disparaît (III, 124) ; comment il faut attendre plus ou moins longtemps « que les ouvriers anglais se débarrassent de leur apparente contamination bourgeoise » (III, 127) comment l’« ardeur des chartistes » fait défaut au mouvement des ouvrier anglais (1866;III,305) ; comment les leaders ouvriers anglais deviennent une sorte de type intermédiaire « entre le bourgeois radical et l’ouvrier » (allusion à Holyoake, IV, 209) ; comment, en raison du monopole de l’Angleterre et tant que ce monopole subsistera, « il n’y aura rien à faire avec les ouvriers anglais » (IV, 433). La tactique de la lutte économique, en rapport avec la marche générale (et avec l’issue) du mouvement ouvrier, est examinée ici d’un point de vue remarquablement vaste, universel, dialectique et authentiquement révolutionnaire.
Le Manifeste du Parti communiste a énoncé le principe fondamental du marxisme en ce qui concerne la tactique de la lutte politique ; « Ils (les communistes) combattent pour les intérêts immédiats de la classe ouvrière, mais… défendent… en même temps l’avenir du mouvement. » Partant de là, Marx soutint en 1848 le parti de la « révolution agraire » de Pologne, « c’est-à-dire le parti qui fit en 1846 l’insurrection de Cracovie ». En 1848-1849, Marx soutint la démocratie révolutionnaire extrême en Allemagne et ne revint jamais sur ce qu’il avait dit alors à propos de la tactique. Il considérait la bourgeoisie allemande comme un élément « enclin depuis le début à trahir le peuple » (seule l’alliance avec la paysannerie aurait pu permettre à la bourgeoisie d’arriver entièrement à ses fins) « et à passer un compromis avec le représentant couronné de la vielle société ».
(Extrait du livre de Lénine : Marx-Engels-Marxisme)
DOCTRINE-IDÉOLOGIE
À PROPOS DU RÔLE DES INTELLECTUELS GUADELOUPÉENS DANS LA LUTTE DE LIBÉRATION NATIONALE
En Guadeloupe, les connaissances intellectuelles jouissent d’une grande faveur. Par extension les masses laborieuses attribuent un grand prestige aux intellectuels. Cet état de fait a permis toutes sortes d’abus et de manœuvres aussi subtiles que malhonnêtes. Trop nombreux sont les intellectuels Guadeloupéens, qui forts de la confiance des masses paysannes et ouvrières ont abusé de cette confiance pour les tromper. Le pouvoir colonial a toujours su provoquer et utiliser ces trahisons.
Notre devoir est de tout faire pour empêcher ces trahisons et amener les intellectuels Guadeloupéens à servir leur patrie. Autrement, ils seront dénoncés impitoyablement.
Pour mieux comprendre l’importance du rôle des intellectuels dans la société Guadeloupéenne, et pour dégager ce qui caractérise la société Guadeloupéenne sur cette question, nous allons faire appel à un bref rappel historique.
Après 1848 et l’abolition de l’esclavage, la promotion, par l’instruction devint le but d’un grand nombre de Guadeloupéens. En effet, les anciens esclaves deviendront vite des salariés ou des colons partiaires, et la nouvelle « liberté » consiste surtout dans l’obligation pour le Guadeloupéen de vendre sa force de travail aux anciens maîtres. Une proportion faible d’anciens esclaves parviendra à accéder à la propriété de petites parcelles. C’est l’origine des petits propriétaires. Pour tous les autres, l’instruction reste une porte ouverte… à condition de pouvoir y accéder et le nombre d’enfants scolarisés est faible.
En gravissant toute l’échelle des différents établissements scolaires, école, lycée, faculté, certains purent atteindre à force de travail, des fonctions sociales élevées et réservées jusque là aux « maîtres ».
Vers 1850 la plupart des écoles étaient aux mains des religieux. Un très petit nombre de Guadeloupéens (issu essentiellement des classes possédantes) pouvaient bénéficier de l’enseignement. Les Guadeloupéens mènerons alors des luttes victorieuses pour imposer l’enseignement public… et la scolarisation complète. Ce n’est que tout récemment que le taux de scolarisation primaire a atteint 90 %.
Cependant toutes ces luttes seront influencées par les luttes républicaines en France. En quelques dizaines d’années se constitue toute une couche d’intellectuels, fonctionnaires de tous les services (et instituteurs en particuliers). La conquête des professions libérales sera plus longue à achever, et il en est de même pour les cadres supérieurs de l’administration de la colonie. Pour y parvenir il faudra l’affaiblissement et le retrait des « blancs pays » et surtout la politique concertée du pouvoir colonial.
Le colonialisme a toujours cherché à détaché les couches les plus aisées, des masses populaires pour empêcher qu’elles ne se joignent aux luttent revendicatives des masses, et pour les employer à paralyser ces justes luttes des lasses exploitées. Cette action ne s’est jamais démentie en ce qui concerne les intellectuels. Après l’abolition de l’esclavage, la société Guadeloupéenne comprendra de nombreux artisans. L’évolution monopolistique de l’état colonialiste français provoquera leur ruine. Ils seront remplacés par de gros importateurs ou des grands (Prisunic). Seuls les intellectuels demeureront l’image de la réussite : ce seront les meilleurs fils, les plus capables. Mais ce n’est qu’une apparence. À la vérité, cette réussite n’est possible que grâce au colonialisme et elle ne profite en rien aux masses de travailleurs.
La confiance des masses et la bienveillance intéressée du pouvoir colonial allaient rapidement permettre aux intellectuels de jouer un rôle politique considérable.
Les uns se mettront au service des gros propriétaires fonciers et des monopoles sucriers, de CANDACE à DESSOUT en passant par SATINEAU, la Guadeloupe n’a cessé de fournir au pouvoir colonial des serviteurs zélés.
La grande majorité des intellectuels demeura sensible aux revendications des différentes catégories de travailleurs Guadeloupéens. Nous avons dit à propos de la lutte pour l’enseignement laïque que les intellectuelles Guadeloupéens étaient influencés pas les luttes des républicains Français. Cette caractéristique ira en se renforçant sans cesse jusqu’à nos jour. Face aux privilèges exhorbitants des gros propriétaires fonciers et des monopoles sucriers, qui contrôlaient directement la colonie et le gouverneur, les intellectuels guadeloupéens suivis par les ouvriers et les paysans qui leurs faisaient confiance lancèrent le mot d’ordre d’assimilation. Cette assimilation devait amener en principe l’extension des lois sociales conquises par les ouvriers Français en 1936 et en 1946. Elle signifiait des avantages encore plus directes pour les fonctionnaires puisque s’ajoutait à tous les avantages sociaux, une amélioration du régime des Congés en France. Mais cet aspect de la question était secondaire, l’aspect principal était la négation complète et définitive de l’existence de la nation Guadeloupéenne.
Alors que les intellectuels Guadeloupéens voyaient l’aspect secondaire, le pouvoir colonial a vu l’aspect principal, il continue d’opprimer notre nation, et il se paie le luxe vingt ans après le vote de la loi d’assimilation d’accorder au compte goutte les avantages sociaux promis par cette loi.
Pourquoi les intellectuels Guadeloupéens ont ils commis cette erreur ? L’une des principales raisons est que nos intellectuelles ne sont en fait que des techniciens, des gens instruits dans leur spécialité. Ils n’ont jamais été capables d’analyser la réalité Guadeloupéenne en relation avec leur travail. Ce sont de bons professeurs d’Anglais ou de Mathématiques de bons médecins, de bons avocats… Français.
Aucun effort n’a jamais été fait pour adapter les techniques apprises en France aux réalités Guadeloupéennes. Nous ne connaissons pas d’ouvrage important sur la réalité médicale en Guadeloupe. Sur la réalité juridique, les habitudes juridiques, la jurisprudence. Et pour cause, nos intellectuels sont des techniciens assoiffés de prestige et de gains rapides.
Cet état de fait est la conséquence de la distance qui sépare les travailleurs intellectuels Guadeloupéens des masses paysannes et ouvrières.
Les intellectuels et en particulier les membres des professions libérales se sentent proches de la bourgeoisie. En fait la distance qui les sépare d’elle est assez grande : ils ne possèdent pas les moyens de production et le capital ni le pouvoir de direction.
Certains intellectuels ont choisi le clan de la bourgeoisie qui est liée directement à l’existence du pouvoir colonial. D’autre penchent vers les masses travailleuse. Mais leur attitude n’est pas ferme. Leur analyse de la situation Guadeloupéenne n’est pas correcte et juste. Ils adoptent le point de vue suivant, émis par des étrangers à notre patrie : les guadeloupéens ont peu d’attrait pour les métiers techniques et scientifiques, surtout sans le cadre agricole. Ce serait là purement et simplement une séquelle de l’esclavage. Les paysans et ouvriers Guadeloupéens croient cela parce qu’ils constatent que la situation matérielle des fonctionnaires bureaucrates et autres intellectuelles est bien meilleur que le leur. Mais les intellectuelles eux devaient comprendre que le véritable responsable est le colonialisme qui empêche tout développement industriel dans une colonie, et ne développe jamais la formation de techniciens de l’industrie. Quand aux rares emplois techniques existant dans l’agriculture, ils sont confiés à des étrangers.
L’inexistence d’établissement technique complet est une illustration éclatante de la politiques d’enseignement colonialiste.
L’absence d’ouvriers qualifiés et d’un prolétariat organisé a conduit les intellectuels qui dirigeaient le mouvement progressiste à prendre la direction du seul parti qui s’est voulu prolétarien. Vingt ans après la création de la Fédération de la Guadeloupe du Parti Communiste Français, il n’y a pas de changement et ce parti n’a pas voulu former des cadres ouvriers, malgré sa mutation en P.C.G.
Les intellectuels qui se dirigent sont restés attachés à l’esprit républicain français. Ils n’ont pas voulu prendre : « le virage nationaliste ». La vogue nationaliste a été lancée par des intellectuelles et en particulier des étudiants à PARIS. Forts de cette primauté certains intellectuels allant des progressistes jusqu’au trotskyste prétendent vouloir garder la direction du mouvement de libération nationale. Nous disons que cela n’est pas juste, qu’une telle ligne conduit à l’échec. L’enseignement que nous fournissent les grandes grèves historiques en Guadeloupe est significatifs :
- les grandes grèves des ouvriers agricoles des plantations sucrières des années 45 à 50 n’aboutirent qu’à de ridicules augmentation de salaires n’atteignant jamais le minimum vital. Une orientation politique nationaliste qui était refusée par la direction des intellectuels petits-bourgeois du P.C.G. aurait permis d’autres résultats.
- la grande grève des fonctionnaires de 1953 qui opposa les fonctionnaires Guadeloupéens au pouvoir colonial et aux fonctionnaires coloniaux français avait un caractère nationaliste, les dirigeants des syndicats de fonctionnaires n’ont pas pu exploiter le potentiel de cette grève car ils étaient coupés des masses. Ils insistaient sur les avantages économiques à obtenir uniquement par rapport aux fonctionnaires coloniaux.
Au départ les fonctionnaires comptèrent surtout sur l’appui et l’alliance des fonctionnaires progressistes français exerçant à la Guadeloupe… C’était là une grave erreur qui tendait à nier l’appartenance de classe des cadres coloniaux qui sont d’abord soumis au pouvoir colonialiste. Les dirigeants des syndicats sentant venir l’échec essayèrent d’obtenir le soutien l’appui des ouvriers. Cette tentative échoua. En effet, les fonctionnaires n’ont jamais cessé de profiter des avantages financiers accordés par le pouvoir colonial pour accroître leurs privilèges par rapport aux masses ouvrières et paysannes, et pour augmenter leur mépris envers les masses.
Nous savons d’autre part que l’échec du Front Antillo-Guyanais après sa dissolution fut principalement dû à la prétention de quelques intellectuels à diriger la révolution à eux seuls de façon antidémocratique et malhonnête.
! EN COURS D'ÉDITION !