Histoire du GONG
Le contexte : une colonie qui ne dit pas son nom
La Guadeloupe avant le GONG
Statut. Département français depuis 1946
Économie. Économie de plantation (canne à sucre, banane). Dominée par les békés (grands planteurs blancs descendants de colons).
Société. Chômage massif, émigration vers la métropole (BUMIDOM), inégalités raciales et sociales persistantes.
Politique. PCG (Parti Communiste Guadeloupéen) comme principale force d'opposition. Revendication d'autonomie.
Un monde en décolonisation
La fondation du GONG s'inscrit dans un contexte international bouillonnant : l'indépendance de l'Algérie (1962), la révolution cubaine (1959), la Conférence tricontinentale de La Havane (1966) et la mobilisation contre la guerre du Vietnam.
- Décolonisation : Indépendance de l'Algérie (1962), mouvements de libération en Afrique
- Guerre froide : Influence du marxisme-léninisme, du maoïsme
- Révolution cubaine : 1959 — Modèle caribéen de révolution
- Tricontinentale : 1966 — Conférence de La Havane, solidarité des peuples du Tiers-Monde
- Guerre du Vietnam : Mobilisation anti-impérialiste mondiale
Les précurseurs
- Louis Delgrès (1766-1802) — Résistance à l'esclavage. Figure tutélaire du GONG.
- Front antillo-guyanais pour l'autonomie (1961-1962)
- Association générale des étudiants guadeloupéens (AGEG/AGEEG)
- Abert Béville (mort en 1962)
La fondation
Fondé dans la clandestinité après la dissolution du Front antillo-guyanais pour l'autonomie et après la mort « accidentelle » d'Abert Béville dans le crash de l'avion qui le conduisait en Guadeloupe en juin 1962. Les fondateurs sont d'anciens militants de l'Association générale des étudiants guadeloupéens (AGEG/AGEEG) résidant en métropole.
Le GONG s'installe légalement en Guadeloupe le 30 mai 1964, lors d'un discours de Pierre Sainton sur la stèle de Delgrès au Matouba (Saint-Claude).
Soutiens internationaux. Le mouvement bénéficie de l'appui du FLN algérien, du Parti communiste belge prochinois de Jacques Grippa (qui imprime son journal), de la Tricontinentale et de l'OLAS.
Chronologie
De la départementalisation (1946) à la reconnaissance mémorielle (2016-2021).
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1946
La Guadeloupe devient département français (loi du 19 mars 1946)
Promesses d'égalité non tenues, persistance des structures coloniales
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1948
Érection de la stèle de Delgrès au Matouba (Saint-Claude) pour le centenaire de l'abolition
Lieu de mémoire qui deviendra symbolique pour le GONG
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Décembre 1959
Émeutes de décembre 1959 en Martinique
Premières révoltes anticoloniales aux Antilles françaises
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1960
Première Conférence de la Jeunesse guadeloupéenne organisée par l'AGEG
Mobilisation de la jeunesse. On trouve déjà dans les rangs ceux qui seront les militants du GONG en 1963.
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1961
Création du Front antillo-guyanais pour l'autonomie
Première organisation nationaliste antillaise
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Juin 1962
Dissolution du Front antillo-guyanais. Mort d'Abert Béville dans un crash d'avion.
Éléments déclencheurs de la fondation du GONG
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23 juin 1963
FONDATION DU GONG à Paris
Fondé par d'anciens militants de l'AGEG (Pierre Sainton, Jacques Nestor, Marcel Manville, Henri Bangou, Serge Glaude et d'autres). Naît dans la clandestinité.
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1964
Publication clandestine de Gong-Information (imprimé en Belgique avec le soutien du PC belge prochinois de Jacques Grippa)
Diffusion en Guadeloupe et dans la diaspora
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30 mai 1964
Installation légale du GONG en Guadeloupe
Discours de Pierre Sainton sur la stèle de Delgrès au Matouba (Saint-Claude). « Je déclare solennellement [...] que le GONG entame dès aujourd'hui 30 mai 1964, en Guadeloupe, sur le sol national, la lutte de Libération. »
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1964-1967
Activité du GONG en Guadeloupe
Propagande (graffitis, tracts clandestins), cercles d'études marxistes, conférences dans les quartiers populaires, distribution du journal. Soutien du FLN algérien.
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1966
Conférence tricontinentale de La Havane
Le GONG prend un « nouveau virage à gauche » et adopte le mot d'ordre d'indépendance nationale (abandonnant l'autonomie).
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Mars 1967
Campagne électorale législative. Affiches du GONG : « Briser les urnes colonialistes » / « Conquérir l'indépendance nationale »
Les affiches sont saisies par la police sur le port de Pointe-à-Pitre. Révolte urbaine à Basse-Terre consécutive à une agression raciste.
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1er mai 1967
Manifestation pour l'indépendance organisée par Pierre Sainton à Capesterre-Belle-Eau
Surprend les autorités
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26 mai 1967
ÉMEUTES DE MAI 1967 — Jour 1
Grève des ouvriers du bâtiment (revendication : +2,5 % de salaire). Agression raciste d'un ouvrier guadeloupéen par un patron béké (responsable local de l'UNR). Manifestation à Pointe-à-Pitre. Les forces de l'ordre tirent à balles réelles. Jacques Nestor (membre du GONG) est la première victime, abattu vers 15h30.
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27 mai 1967
ÉMEUTES — Jour 2
Les émeutes s'étendent. Nouveaux morts. Répression généralisée.
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28 mai 1967
ÉMEUTES — Jour 3
Poursuite de la répression. Bilan officiel : 7 à 8 morts. Estimations des historiens : 80 à 200 victimes. Nombreux blessés et disparus.
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4 juin 1967
Opération « GONG » — Arrestations massives
Le préfet Pierre Bolotte fait déférer 14 membres du GONG devant la Cour de sûreté de l'État à Paris. Transfert aux prisons de Fresnes et de la Santé.
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17 avril / 17 juin 1967
Rapports du commissaire Honoré Gévaudan
Deux rapports policiers démontrent l'absence de responsabilité du GONG dans les événements. Le rapport d'avril 1967 ne sera déclassifié qu'en avril 2016.
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19 février - 1er mars 1968
PROCÈS DES 18 GUADELOUPÉENS devant la Cour de sûreté de l'État (Paris)
18 accusés d'atteinte à l'intégrité du territoire français. Témoins à la barre : Jean-Paul Sartre, Aimé Césaire, représentant de la LDH. Avocats : Me Henri Leclerc et d'autres. Verdict : 13 acquittés, 6 condamnés à des peines avec sursis (dont Pierre Sainton). Jugement considéré comme une victoire politique par les militants.
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17 avril 1968
Libération des 19 Guadeloupéens détenus
La Cour de Sûreté de l'État libère les accusés. 13 acquittés, 6 condamnés avec sursis.
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1968
DISSOLUTION DE FACTO DU GONG
Décapitation du mouvement indépendantiste. Passage à la clandestinité pour certains. Exil de nombreux militants. Divisions parmi les nationalistes.
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1978
Création de l'UPLG (Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe)
Fondée par d'anciens membres du GONG. Premier parti politique indépendantiste structuré issu du GONG.
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2008
Publication de l'autobiographie de Pierre Sainton : « Vie et survie d'un fils de Guadeloupe »
Éditions Nestor, Gourbeyre
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2017
Publication de « Le GONG c quoi ? » par Serge Glaude
50 ans après les événements de mai 1967. Co-fondateur du GONG retrace l'histoire du mouvement.
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9 décembre 2018
Décès de Pierre Sainton à l’âge de 94 ans
Fondateur du GONG. Médecin généraliste à Capesterre-Belle-Eau.
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2021
Publication de l'article de Sylvain Mary : « Briser les urnes colonialistes » (OpenEdition)
Analyse iconographique de la propagande du GONG en 1967