Après le GONG · page 3 sur 7

Les personnes clés

Luc Reinette, Élie Domota, Jacques Bino, Rosan Mounien… : les figures de l'indépendantisme guadeloupéen de 1968 à nos jours.

Luc Reinette (né en 1952)

Figure centrale de la mouvance armée. Ancien cadre de la société d'HLM de Guadeloupe, Luc Reinette cofonde le GLA en 1980, puis l'ARC en 1983, et fonde le MPGI en 1981 [11][44]. Arrêté une première fois le 7 mars 1981, libéré après une grève de la faim et un mouvement syndical de soutien, il anime la radio libre Radio-Unité à partir du 8 novembre 1981 [11][50]. Recherché après les « Nuits bleues » de novembre 1983, il se met en « marronnage » — terme revendiqué, en référence aux esclaves fugitifs — jusqu'à son arrestation fortuite le 27 novembre 1984. Condamné en février 1985 à douze ans de prison, portés à vingt-trois ans en appel, il s'évade de la prison de Basse-Terre le 16 juin 1985 avec trois camarades, tente d'établir un gouvernement provisoire guadeloupéen depuis le Guyana, et est repris le 21 juillet 1987 à Saint-Vincent-et-les-Grenadines [11]. Amnistié le 12 juillet 1989, il poursuit un combat pacifique : il fonde le CIPN en 1992, dont il est toujours président-fondateur [11][87]. En avril 2021, il fait l'objet d'un rappel à la loi pour « incitation à la haine » après une tribune, recevant de nombreux soutiens, dont celui de la CGTG [11]. « Je suis un patriote. C'est le combat de toute une vie », déclare-t-il en 2015 [82].

Élie Domota (né en 1963)

Né à Bas-du-Bourg, quartier populaire de Basse-Terre, troisième d'une famille de six enfants, Élie Domota milite à la Jeunesse ouvrière chrétienne dès 14 ans. Formé en Hexagone (DUT de gestion, AES, urbanisme à Limoges), il rentre en Guadeloupe en 1991 et devient directeur adjoint de l'ANPE de Morne-à-l'Eau [33][30]. Secrétaire général de l'UGTG — reconduit pour un quatrième mandat en 2017, une longévité sans précédent — il est le porte-parole du LKP pendant la grève générale de 2009, qui fait de lui une figure connue dans toute la France [27][23]. Sa formule de février 2009 — la Guadeloupe « ne se laissera pas rétablir l'esclavage par une poignée de patrons békés » — cristallise la dimension anticoloniale du conflit [33].

Jean-Marie Nomertin (né en 1965)

Membre du groupe trotskyste Combat Ouvrier, Jean-Marie Nomertin dirige la CGTG-Banane avant d'être élu, en janvier 2002, secrétaire général de la CGTG, succédant à Claude Morvan (1975-2002) ; il est sans cesse réélu depuis (quatrième mandat en 2013, réélu au XVIe congrès en 2022) [63][66][70]. En février 2009, c'est lui qui fait voter par 4 000 personnes la continuation de la grève du LKP après la mort de Jacques Bino [17]. À ne pas confondre avec Ternisien Nomertin, dirigeant historique de l'UGTG dans les années 1970-1980.

Rosan Mounien

Ouvrier agricole, membre fondateur de l'UGTG au congrès de Baie-Mahault du 2 décembre 1973, Rosan Mounien en est le secrétaire général de 1985 à 1993 [21]. Il est l'un des grands témoins et théoriciens du syndicalisme national : « Il y a une seule lutte qui a tout à la fois une dimension sociale, une dimension culturelle et aussi une dimension politique », écrit-il à propos de la crise de 2009 [21].

Jacques Bino (1960-2009)

Agent fiscal, représentant syndical de la CGT Guadeloupe aux Impôts, joueur de tambour ka au sein d'Akiyo, Jacques Bino est tué par balle dans la nuit du 17 au 18 février 2009, à Pointe-à-Pitre, alors qu'il rentre d'un meeting du LKP [26][48]. Ses obsèques, le 22 février, rassemblent une foule immense ; l'accord salarial du 26 février 2009, qui octroie 200 euros aux bas salaires, est baptisé « accord Jacques Bino » en son hommage [26][28]. Son meurtre n'a jamais été élucidé : Ruddy Alexis, soupçonné, a été acquitté en première instance (2012) comme en appel (2014) [26].

Henri Bangou (1922-2023)

Médecin, maire de Pointe-à-Pitre de 1965 à 2008 et sénateur (1986-1991), Henri Bangou est le principal dirigeant du PCG pendant des décennies. En septembre 1991, il conduit la scission de la section pointoise qui fonde le PPDG, parti autonomiste d'orientation social-démocrate [54]. Figure de l'autonomisme de gouvernement, il illustre la voie institutionnelle de la « question nationale » guadeloupéenne, par opposition à la voie indépendantiste.

Rosan Girard (1913-2001)

Médecin du Moule, député de la Guadeloupe (1946-1958), Rosan Girard est le fondateur du PCG et son premier secrétaire général (1958-1964). C'est lui qui fait adopter en 1956-1958 le tournant autonomiste du mouvement communiste guadeloupéen, contre l'assimilation défendue jusque-là [55]. Exclu de la direction du parti dans les années 1960, il voit sa gauche le dépasser : c'est dans le mouvement étudiant qu'il avait contribué à politiser que naissent l'AGEG, le CPNJG puis le GONG [55].

Hégésippe Ibéné (1907-1989)

Avocat, cofondateur en 1944 du mouvement communiste guadeloupéen au sein de la fédération du PCF, Hégésippe Ibéné est député PCG de la Guadeloupe de 1973 à 1978 [58]. Représentant de la génération autonomiste d'après-guerre, il incarne le courant que les indépendantistes de l'après-1968 critiqueront comme trop modéré.

Marcel Manville (1922-1998)

Avocat martiniquais au barreau de Paris, ami de Frantz Fanon, Marcel Manville est présent à presque toutes les barres anticolonialistes de l'après-guerre : les seize de Basse-Pointe, le FLN, et, en 1968, la défense des militants du GONG aux procès de Paris et de Pointe-à-Pitre [56][59]. Cofondateur du Front antillo-guyanais (1961), interdit de séjour aux Antilles de 1961 à 1966, il évolue vers l'indépendantisme et cofonde en Martinique le PKLS (Parti communiste pour l'indépendance et le socialisme, 1984). Il organise en 1992 le « procès de Christophe Colomb » et lance la campagne pour la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité, préfigurant la loi Taubira [59].

Albert Béville, dit Paul Niger (1915-1962)

Précurseur de tous ces mouvements : administrateur des colonies en Afrique devenu anticolonialiste, poète sous le nom de Paul Niger, Albert Béville cofonde en 1961 le Front antillo-guyanais pour l'autonomie. Il définit l'assimilation comme « le stade suprême de la colonisation » et meurt dans un accident d'avion en juin 1962, alors qu'il se rend en Guadeloupe — un an avant la naissance du GONG, dont la fondation s'inscrit dans son sillage [68].

Les figures-ponts avec le GONG

Plusieurs membres du GONG condamnés ou poursuivis en 1968 restent des témoins actifs de la période : Serge Glaude, cofondateur du GONG, auteur de Le Gong c quoi ? (2018) et membre du Collectif des patriotes guadeloupéens (COPAGUA) ; Claude Makouke, jugé à Paris en 1968 ; Louis Théodore, seul accusé à être resté en marronnage pendant toute l'instruction [65][64][71]. Leur parole, recueillie au fil des commémorations, relie directement le dossier du GONG à cette histoire de l'après-1968.

Maïté Hubert M'Toumo

Secrétaire générale de l'UGTG au début des années 2020, elle est l'une des figures de la crise de novembre 2021, dénonçant comme « provocation » les arrestations de grévistes et appelant à renforcer les piquets de grève [40]. Sa présence à la tête de la centrale historique du syndicalisme national illustre la continuité de cette tradition jusque dans les conflits les plus récents.

Ernest Moutoussamy (né en 1941)

Professeur de lettres et écrivain, député PCG de la Guadeloupe de 1981 à 1991, Ernest Moutoussamy est l'auteur de l'une des propositions de loi d'amnistie des indépendantistes en 1989, saluant ce « geste » qui réconciliait ses compatriotes « avec la légalité et l'action démocratique » [58][85].


Sources

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Luc_Reinette
  2. https://combat-ouvrier.com/2026/03/19/co-n1367-14-mars-2026-guadeloupe-il-y-a-17-ans-laccord-du-4-mars-et-laccord-bino/
  3. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/50eme-anniversaire-de-l-ugtg-l-histoire-de-la-creation-de-cette-centrale-syndicale-racontee-par-rosan-mounien-1447868.html
  4. https://www.humanite.fr/social-et-economie/-/elie-domota-depuis-quatre-cents-anson-na-pas-le-droit-de-parler
  5. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/lkp-mort-jacques-bino-devenu-symbole-du-mouvement-lkp-681109.html
  6. https://rci.fm/deuxiles/infos/Social/UGTG-Elie-Domota-se-succede-lui-meme
  7. https://www.20minutes.fr/societe/1045360-20121119-guadeloupe-meurtrier-presume-syndicaliste-jacques-bino-juge
  8. https://afriquemagazine.com/elie-domota-l-anti-pwofitasyon
  9. https://en.wikipedia.org/wiki/%C3%89lie_Domota
  10. https://www.ouest-france.fr/region-guadeloupe/greve-contre-l-obligation-vaccinale-en-guadeloupe-deux-pompiers-blesses-lors-d-incidents-a79ca11a-46b2-11ec-ac28-0bb94b895f88
  11. https://www.globalsecurity.org/military/world/para/gp-independantistes.htm
  12. https://fr.wikipedia.org/wiki/Akiyo
  13. https://www.lemonde.fr/archives/article/1981/11/19/une-radio-independantiste-en-guadeloupe_2726572_1819218.html
  14. https://www.union-communiste.org/en/1991-11/guadeloupe-apres-la-scission-au-sein-du-parti-communiste-guadeloupeen-2861
  15. https://maitron.fr/girard-rosan/
  16. https://outremermemory.com/marcel-manville/
  17. https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_guadeloup%C3%A9en
  18. https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Manville
  19. https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_g%C3%A9n%C3%A9rale_du_travail_de_Guadeloupe
  20. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/fevrier-mars-avril-1968-proces-qui-ont-marque-guadeloupe-564093.html
  21. https://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/politique/serge-glaude-conte-lhistoire-du-gong-234938.php
  22. https://cgt-martinique.fr/xvi-eme-congres-de-la-cgtg-jean-marie-nomertin-reelu-a-la-tete-de-la-confederation/
  23. https://www.ldh-france.org/Guadeloupe-Mai-1967-un-drame/
  24. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/2013/11/25/cgtg-jean-marie-nomertin-reelu-88179.html
  25. https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article44927
  26. https://www.notrenation.com/L-independantiste-Luc-Reinette-a
  27. https://www.lemonde.fr/archives/article/1989/06/07/amnistie-pour-les-independantistes-de-la-guadeloupe-et-de-la-martinique_4140661_1819218.html
  28. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/reparations-enfin-la-jonction-des-peuples-d-afrique-d-amerique-et-des-caraibes-pour-un-meme-combat-se-rejouit-le-comite-international-des-peuples-noirs-cipn-1598115.html