Après le GONG · page 2 sur 7

Les organisations indépendantistes et pro-indépendantistes après 1968

UTA, UGTG, UPLG, MPGI, GLA, ARC, LKP, CIPN : fiches détaillées des organisations nées dans le sillage du GONG.

Vue d'ensemble

Organisation Fondation Nature Dirigeants notables Lien avec le GONG
UTA (Union des travailleurs agricoles) déc. 1970 [8] Syndicat Animée par d'anciens cadres du GONG et exclus du PCG [62]
UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe) 2 déc. 1973 [20] Centrale syndicale Robert Mornal, Ternisien Nomertin, Rosan Mounien, Élie Domota, Maïté Hubert M'Toumo Engagée dans « la lutte pour la libération nationale » [21]
UPLG (Union populaire pour la libération de la Guadeloupe) déc. 1978 [15] Parti politique indépendantiste Lucien Perrutin, Jean Barfleur, Roland Thésauros Se présente comme l'héritière du GONG [9]
MUFLNG (Mouvement pour l'unification des forces de libération nationale) 13 déc. 1981 [15] Front unitaire Créé à l'initiative de l'UPLG
MPGI (Mouvement populaire pour une Guadeloupe indépendante) 1981 [44] Organisation politique clandestine Luc Reinette Même matrice patriotique
GLA (Groupe de libération armée) 1980 [47] Groupe armé Luc Reinette
ARC (Alliance révolutionnaire caraïbe) 1983 [5] Groupe armé (Guadeloupe, Martinique, Guyane) Luc Reinette
LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) 5 déc. 2008 [17] Collectif d'une cinquantaine d'organisations Élie Domota (porte-parole) Regroupe l'héritage syndical et culturel du mouvement
CIPN (Comité international des peuples noirs) 4 fév. 1992 [77] Association mémoire et réparations Luc Reinette, Jacqueline Jacqueray Fondé par le chef historique de l'ARC
Akiyo (Mouvman kiltirèl) 1978-1979 [46] Mouvement culturel frères Nankin, Vélo, Michel Halley Des membres au MPGI ; cofondateur du LKP [49]

Le « syndicalisme national » : UTA et UGTG

L'UTA (décembre 1970)

L'Union des travailleurs agricoles est fondée en décembre 1970 par une poignée d'intellectuels révolutionnaires implantés en milieu paysan, et constitue le premier syndicat guadeloupéen non affilié à une centrale française [8][68]. À partir de revendications économiques — salaires, prix de la tonne de canne —, elle remet fondamentalement en cause la présence française en Guadeloupe : c'est le passage de la lutte sociale à la revendication nationale, auquel prend part « une fraction importante de la population » [8]. L'UTA déclenche et dirige les grandes grèves de la canne de 1971 à 1978, face aux usiniers et aux propriétaires békés [9].

L'historien Manuel Gisler a consacré sa maîtrise (Paris 1, 1986) à cette « naissance du syndicalisme national guadeloupéen » : il montre comment le réancrage culturel, l'affirmation identitaire et l'aspiration à la souveraineté naissent de la confrontation des « agricoles » — ces oubliés de l'histoire — avec leur réalité [8].

L'UGTG (2 décembre 1973)

Le 2 décembre 1973, une centaine de congressistes — pour la plupart des ouvriers agricoles de la canne, mais aussi des ouvriers d'usine et des intellectuels révolutionnaires — se réunissent dans la salle polyvalente de Baie-Mahault pour le congrès constitutif de l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe. La centrale ne compte alors que deux syndicats sectoriels : l'UTA et le syndicat des ouvriers industriels de l'usine de Gardel, qui venait de démissionner collectivement de la CGTG. Robert Mornal, ouvrier de Gardel âgé de 26 ans, est élu premier secrétaire général [20][21].

Dès sa création, l'UGTG se définit à la fois comme « syndicat de la classe ouvrière guadeloupéenne » et comme organisation « engagée dans la lutte pour la libération nationale de la Guadeloupe et pour la transformation sociale » [21]. Opposant son militantisme à l'indolence des syndicats traditionnels, elle implante des sections dans de nombreux secteurs et devient en quelques années la principale centrale du pays — place qu'elle conserve : aux élections prud'homales récentes, elle recueille plus de 51 % des voix [20][9]. Ses secrétaires généraux successifs sont Robert Mornal (1973-1982), Ternisien Nomertin (à partir de 1982), Rosan Mounien (1985-1993), puis Élie Domota, et enfin Maïté Hubert M'Toumo [21][27][40].

L'UPLG (décembre 1978) : le parti héritier du GONG

L'Union populaire pour la libération de la Guadeloupe est fondée en décembre 1978, notamment par Lucien Perrutin et Jean Barfleur, comme évolution politique du GONG et aboutissement de la dynamique UTA/UGTG [15][8]. Objectif affiché : l'indépendance de la Guadeloupe et la construction d'un État socialiste indépendant de la France [4]. Son journal, Lendépandans, est dans les années 1980 le principal organe de la mouvance nationaliste [4].

L'UPLG encadre les luttes des petits paysans et des ouvriers agricoles, prônant l'occupation des terres en friche, la création de coopératives et le maintien de la canne comme base de l'économie ; à l'international, elle tente en 1981 de saisir le Comité de décolonisation de l'ONU [44]. Le 13 décembre 1981, elle constitue le MUFLNG (Mouvement pour l'unification des forces de libération nationale de la Guadeloupe) pour regrouper syndicats de gauche et indépendantistes — un front concurrencé par les groupes armés alors plus actifs [15].

L'organisation est durement éprouvée par la période armée : le 24 juillet 1984, quatre de ses membres — l'architecte Jack Berthelot, l'infirmier psychiatrique Michel-Étienne Uranie, l'enseignant François Casimir et l'ouvrier agricole Fred Pineau — meurent à Pointe-à-Pitre dans l'explosion des bombes qu'ils manipulaient en vue d'un attentat [15]. En avril 1989, l'UPLG abandonne officiellement la lutte armée et organise à Port-Louis des manifestations pour la libération des prisonniers politiques, violemment réprimées [15].

Dans les années 1990, l'UPLG opère une reconversion électorale qui divise la mouvance : 5,49 % et 2 élus aux régionales de 1992, 7,75 % et 3 élus à la partielle de 1993 (liste conduite par Roland Thésauros) [10][9]. En juin 1993, ses dirigeants la dissolvent pour fonder le Mouvement Guadeloupéen, tandis qu'une autre sensibilité crée le KLNG (Konvwa pou Libération a Pèp Gwadloup) — deux tentatives de « second souffle » nationaliste [9]. Le nom UPLG réapparaît néanmoins dans des coalitions électorales en 2004 (liste commune avec le PCG, le Mouvman Gwadloupéyen et Guadeloupe Respect) et en 2010 [10].

La mouvance armée : MPGI, GLA, ARC

Le MPGI (1981)

Le Mouvement populaire pour une Guadeloupe indépendante est fondé en 1981 par Luc Reinette [44][36]. Organisation politique de la tendance « dure » de la mouvance, il sert de vitrine et de réservoir à la lutte armée. Joël Nankin, cofondateur d'Akiyo et membre du MPGI, passera six ans en prison (1983-1989) [48].

Le GLA (1980-1981)

Le Groupe de libération armée, cofondé par Luc Reinette en 1980, revendique une première vague d'attentats en 1980-1981 : explosions au Raizet et à la Marina (septembre 1980), attaques de gendarmeries, de banques, de la préfecture de Basse-Terre et du Conseil général, mais aussi actions en Hexagone (palais de justice de Paris, 29 janvier 1981 ; train Roissy-Paris, 24 janvier 1981, un mort). En août 1980, le GLA lance un ultimatum sommant les « non-Guadeloupéens » de quitter l'île avant le 31 décembre [47]. Le groupe lance aussi la radio libre Radio-Unité (8 novembre 1981) [50]. Reinette est arrêté le 7 mars 1981 après une tentative d'enlèvement d'une journaliste de FR3, puis libéré le 2 juillet après une grève de la faim et un mouvement de grève générale syndical en sa faveur [11].

L'ARC (1983-1989)

L'Alliance révolutionnaire caraïbe revendique à partir du 28 mai 1983 une nouvelle série d'attentats en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et dans l'Hexagone ; créée en 1983, elle est dissoute de fait en 1984 avec l'arrestation de ses cadres [44][5]. La nuit du 13 au 14 novembre 1983 — six attentats simultanés, dont une voiture piégée dans la cour de la préfecture de Basse-Terre faisant une vingtaine de blessés — marque le sommet des « Nuits bleues » [2]. Au total, entre 1980 et 1987, la mouvance GLA/ARC perpètre une centaine d'attentats, avec une dizaine de morts liées directement ou indirectement à ces actions [7][6]. L'UPLG apporte à l'ARC un relatif soutien [15]. L'aventure s'achève par les procès de 1985, l'évasion de Reinette, sa réarrestation à Saint-Vincent en 1987, puis l'amnistie du 12 juillet 1989, qui « signe la fin des actions de l'ARC » [11].

Le LKP (2008) : l'héritier collectif

Le Liyannaj Kont Pwofitasyon (« union contre la profitation/exploitation outrancière ») est constitué le 5 décembre 2008, à l'appel de l'UGTG, par un collectif d'environ 48 à 50 organisations : syndicats, partis politiques, associations culturelles (dont Akiyo), écologistes, associations de consommateurs, d'agriculteurs, petites mutuelles [17][25]. Il déclenche le 20 janvier 2009 la grève générale de 44 jours, la plus importante de l'histoire sociale de la Guadeloupe contemporaine [17]. Sa chanson-slogan, La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo (« la Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n'est pas à eux »), donne au conflit social une tonalité explicitement anticoloniale [32].

Le LKP survit à la grève : « le mouvement n'est pas près de s'arrêter, le LKP a vocation de durer », déclare Domota en 2009 [30]. Le collectif, devenu discret, continue de publier des déclarations — en mars 2024, pour les quinze ans des accords, il dénonce le « statu quo colonial » et le torpillage de l'accord historique [78].

Le CIPN (1992) : de la lutte armée aux réparations

Le Comité international des peuples noirs est fondé le 4 février 1992 — jour anniversaire de la première abolition de 1794 — par Luc Reinette, devenu après son amnistie un militant pacifique [77][11]. Son combat : la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'humanité, et des réparations morales et matérielles pour les peuples noirs d'Afrique et d'Amérique. C'est le CIPN qui lance en 1998 l'idée du Mémorial ACTe de Pointe-à-Pitre [83]. Trente-trois ans plus tard, la revendication des réparations est portée au niveau continental par l'Union africaine — « enfin la jonction des peuples d'Afrique, d'Amérique et des Caraïbes », se réjouit Reinette en 2025 [87].

Les organisations voisines : autonomistes et trotskystes

Le PCG (1958) et le PPDG (1991)

Le Parti communiste guadeloupéen, fondé le 30 mars 1958 à Capesterre-Belle-Eau, porte depuis son congrès constitutif la revendication d'un statut d'autonomie — une position combattue par l'État et par la mouvance nationaliste, qui y voyait une « trahison assimilationniste » [53][58]. Sous la pression de sa jeunesse et du regain indépendantiste, il adopte en 1989 le mot d'ordre d'indépendance [54]. En 1991, sa section de Pointe-à-Pitre, dirigée par Henri Bangou, fait sécession et fonde le PPDG (Parti progressiste démocratique guadeloupéen), d'orientation social-démocrate et autonomiste [54][58]. Dans les années 2000, le PCG appelle à la désobéissance civile pour un nouveau statut de la Guadeloupe et se rapproche de l'UGTG [63].

Combat Ouvrier (1971)

Des militants trotskystes antillais, regroupés à Paris en 1965 au sein de la Ligue antillaise des travailleurs communistes, rentrent en Guadeloupe en 1971 ; le 24 mai 1971 paraît le premier numéro du journal Combat ouvrier, « journal communiste révolutionnaire trotskyste » [34][38]. Antinationaliste par principe, Combat Ouvrier critique le « nationalisme petit-bourgeois » de l'UPLG, tout en participant aux mêmes luttes sociales ; en janvier 2002, l'un de ses membres, Jean-Marie Nomertin, devient secrétaire général de la CGTG [4][63].

La CGTG (1962)

La Confédération générale du travail de Guadeloupe, née en 1962 de l'autonomisation de la fédération locale de la CGT, est historiquement liée au PCG [63]. Non indépendantiste au sens strict, elle participe néanmoins au LKP en 2008-2009 ; c'est l'un de ses militants, Jacques Bino, qui est tué pendant la grève [63].

Le Mouvman Gwadloupéyen (1997)

Fondé le 10 décembre 1997 par d'anciens militants de l'UPLG et d'autres patriotes, ce parti « autonomiste radical » articule citoyenneté, responsabilité et souveraineté. Son dirigeant Ary Broussillon remporte la mairie de Petit-Bourg en 2001 ; le parti participe à la coalition « Alternative citoyenne » aux régionales de 2004 [43].


Sources

  1. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/les-nuits-bleues-de-1983-un-episode-de-l-histoire-de-guadeloupe-entre-explosions-et-comba-pour-l-independance-1642942.html
  2. https://shs.cairn.info/revue-parlements-2025-1-page-200?lang=fr
  3. https://castinstone.exeter.ac.uk/database/s/fr/item/3750
  4. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/nuits-bleues-il-y-a-39-ans-luc-reinette-s-evadait-de-la-prison-de-basse-terre-1497737.html
  5. https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/39760667
  6. https://histoire-sociale.cnrs.fr/naissance-du-syndicalisme-national-guadeloupeen-1970-1978/
  7. https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-guadeloupe-les-nationalistes-a-la.html
  8. https://www.france-politique.fr/wiki/Union_Populaire_pour_la_Lib%C3%A9ration_de_la_Guadeloupe_(UPLG)
  9. https://fr.wikipedia.org/wiki/Luc_Reinette
  10. https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_populaire_pour_la_lib%C3%A9ration_de_la_Guadeloupe
  11. https://combat-ouvrier.com/2026/03/19/co-n1367-14-mars-2026-guadeloupe-il-y-a-17-ans-laccord-du-4-mars-et-laccord-bino/
  12. https://www.madinin-art.net/le-cinquantenaire-de-lugtg/
  13. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/50eme-anniversaire-de-l-ugtg-l-histoire-de-la-creation-de-cette-centrale-syndicale-racontee-par-rosan-mounien-1447868.html
  14. http://lacgtg.com/notre-histoire/la-greve-generale-de-2009/
  15. https://rci.fm/deuxiles/infos/Social/UGTG-Elie-Domota-se-succede-lui-meme
  16. https://afriquemagazine.com/elie-domota-l-anti-pwofitasyon
  17. https://www.jssj.org/issue/septembre-2009-espace-public/
  18. https://combat-ouvrier.com/2025/12/20/co-n1362-20-decembre-2025-historique-episode-3-combat-ouvrier-et-les-luttes-des-annees-1970-en-guadeloupe-et-en-martinique/
  19. https://la1ere.franceinfo.fr/martinique/les-nuits-bleues-de-l-independance-un-documentaire-qui-retrace-l-histoire-de-la-lutte-armee-aux-antilles-francaises-1318156.html
  20. https://combat-ouvrier.com/historique-co/
  21. https://www.ouest-france.fr/region-guadeloupe/greve-contre-l-obligation-vaccinale-en-guadeloupe-deux-pompiers-blesses-lors-d-incidents-a79ca11a-46b2-11ec-ac28-0bb94b895f88
  22. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvman_Gwadloup%C3%A9yen
  23. https://www.globalsecurity.org/military/world/para/gp-independantistes.htm
  24. https://www.rfi.fr/fr/musique/20230221-carnaval-des-antilles-akiyo-haut-parleur-du-peuple-guadeloup%C3%A9en
  25. https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_de_lib%C3%A9ration_arm%C3%A9e
  26. https://fr.wikipedia.org/wiki/Akiyo
  27. https://vacarme.org/article894.html
  28. https://www.lemonde.fr/archives/article/1981/11/19/une-radio-independantiste-en-guadeloupe_2726572_1819218.html
  29. https://caraibcreolenews.com/guadeloupe-politique-lautonomie-on-sel-chimen/
  30. https://www.union-communiste.org/en/1991-11/guadeloupe-apres-la-scission-au-sein-du-parti-communiste-guadeloupeen-2861
  31. https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_guadeloup%C3%A9en
  32. https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-1986-1993-trilingue-article-le-parti-communiste-guadeloupeen.html
  33. https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ration_g%C3%A9n%C3%A9rale_du_travail_de_Guadeloupe
  34. https://www.ldh-france.org/Guadeloupe-Mai-1967-un-drame/
  35. https://www.cipngp.com/
  36. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/vie-chere-aux-antilles-le-lkp-pointe-du-doigt-le-colonialisme-et-le-capitalisme-1519988.html
  37. https://www.mmoe.llc.ed.ac.uk/fr/association/comit%C3%A9-international-des-peuples-noirs
  38. https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/reparations-enfin-la-jonction-des-peuples-d-afrique-d-amerique-et-des-caraibes-pour-un-meme-combat-se-rejouit-le-comite-international-des-peuples-noirs-cipn-1598115.html